drenka au Mali: épisode 18 – Cours de magie

Ogo nous a promis de passer nous voir dans notre chambre d’hôtel pour un cours de  magie. Nous attendons sa visite avec fébrilité. Il finit par arriver, égal à lui-même: sur le point de livrer des secrets ancestraux (si si), mais d’un calme olympien.

Et il ouvre sa malette. Sa malette de sorcier. Elle est pleine de petits sachets de poudres multicolores (parfum « Bozo après la pluie »).

Nous n’osons pas tout de suite rentrer dans le vif du sujet. Vivienn demande en tremblant: Euh, tu en as pour les serpent? Regard noir de ma sœur qui est pas venue pour parler serpents.  Mais Ogo, ça le détend un peu de parler des serpents. Alors il nous donne de la poudre à serpent. Avec cette poudre dans la poche, si un serpent se faufile dans un rayon de 5 mètres, PLAF, explosion de serpent! Il voudrait nous en donner plusieurs différentes, mais comme on a pas de serpent de chez nous, ça serait du gaspillage.

Puis il enchaîne sur la poudre pour les voleurs. Il suffira de brûler cette poudre au mileu du salon, par terre, et plus jamais un seul cambrioleur ne viendra ici – enfin j’espère que ce coup-ci ça marche plutôt comme un répulsif que comme un détonnateur parce que je préfèrerais qu’aucun voleur n’explose dans le salon.

Et là Ogo marque une pause. Il nous lance un regard intense: « Et ça, c’est… LA poudre…. ». il ouvre le petit sachet, et goûte la poudre rousse du bout des doigts. « Tu vois, je la goûte pour te montrer que ce n’est pas du poison, tu peux le donner sans crainte à ton homme. Il faut lui en mettre 3 pincées dans on thé ou son plat, puis dire trois fois son nom et la façon dont tu l’aimes et dont tu veux qu’il t’aime. »

Ma sœur dépose le petit sachet dans une boite de pellicules. Visiblement, elle n’aurait pas pensé à vérifier s’il s’agissait de poison ou pas…

Ogo est reparti, en nous laisant notre trésor à partager. J’en connais qui vont bouffer du Bozo dans pas longtemps!!!

drenka au Mali: épisode 17 – Promenade en Pinasse

La Pinasse est une pirogue de *lusque*, il y a même des toilettes à bord. Nous embarquons pour une balade: voilà ce qu’il nous fallait après un voyage mouvementé. La petite brise sur le fleuve, l’ombre du toit, les coussins, de quoi étendre ses pieds, les bananes fournies par M. Sportif et les petits beurres par Miss Etudiante (car rappelons-le, tout le monde a eu le temps de préparer une chouette valise, à part nous).

Nous le sentons avant de le voir: nous faisons escale dans un village Bozo.

Nous sommes en pleine saison de pêche. Les poissons sont étalés sur la plage, fumés ou simplement séchés au soleil. Les enfants portent des bols de bouillie poissonneuse. Quand ils aperçoivent Mme Sportive, leur radar à détection d’instit’ et de caleçon rose fluorescent se met en marche, et ils courent vers elle en riant. Il font bien attention de s’essuyer consciencieusement les mains sur son gilet blanc pour ne pas lui salir les mains en l’agripant.  Les chaussures de ma sœur sont déjà parfumées, et il est évident maintenant que dans l’avion du retour nous arboreront le parfum « Bozo en Décembre ».

Nous traversons la plage et nous rendons compte que nous sommes sur une île, entre le fleuve Niger et le fleuve Bani, qui est l’un de ses affluents.

Les Bozos se partagent la berge avec les Peuls, immortalisés par Ousmane Sow. Eux ne pêchent pas mais sont éleveurs. Le parfum « Bozo de Décembre » se transforme en « Bouse hivernale ». Ce n’est pas pour nous déplaire.

Nous regagnons la pinasse en rentrons vers Mopti. Au retour, nous laissons beaucoup d’espace à Mme Sportive dont les vêtements portent les stygmates du menu des enfants bozos.

Sur le retour, on doit laisser la priorité à un troupeau de vaches qui traversent la rivière à la nage
Elles sont attachées entre elles à la queue leu leu et pour certaines, on voit seulement leur tête avec leurs cornes recourbées dépasser de l’eau. D’autres, au milieu du fleuves sont carrément sous l’eau!

drenka au Mali: épisode 16 – Visite de la maison du Ogon

C’est déjà le dernier jour!

Avant de regagner Mopti, Ogo nous emmène voir la maison du Ogon. Le Ogon est le chef du village. A Sangha, il y en a deux: le Ogon du bas, et le Ogon du haut; le plus vieux des deux, et donc le plus sage, dirige le village. C’est comme l’administration, ça marche à l’ancienneté.

Le Ogon est sur le seuil de sa maison. La façade en terre est composée de dizaines de petites alcôves, pour stocker les potions et les remèdes.  Il faut faire attention de ne pas pénétrer son jardin et de ne pas faire tomber les pierres de la clôture. Chez les Dogons, faire tomber une pierre est passible d’une amende très chère. En plus, ça tombe mal, les amendes se paient en chèvre et on a pas pensé à retirer des chèvres au distrib’ du coin.

Le Ogon nous adresse ses voeux pour la nouvelle année, la réussite dans tous les domaines et la santé. M. Sportif lui récite une expression provençale: « Pour l’année qui vient, si l’on est pas plus, que l’on ne soit pas moins ». Le Ogon trouve les provençaux très sages, on sent déjà qu’il va la ressortir à son prochain discours celle-là.

Puis nous montons vers la maison du haut. Celle-ci est vide car le dernier occupant est mort il y a peu de temps, et qu’il y a toute une procédure pour choisir et introniser le nouveau.

Il est temps de partir, annonce Ogo, et nous embarquons donc, direction Mopti. C’est un vrai Rodéo. Vivienn et moi nous faisons encore remarquer par notre incroyable pied marin (mais c’est moi qui fait le sale boulot et demande à Ogo un arrêt vomito). Heureusement, Inidiana Jones nous badigeonne d’huile essentielle de menthe, et on peut repartir, chacune sa banquette, en raison de notre rang social élevé et du risque de débordement vomital.

Nous croisons des paysages irréels, comme à l’allée, où les champs d’oignons, verts phosphorescents, tranchent avec la terre rose.

drenka au Mali : épiside 15 – Marché de Sangha et fête du nouvel an

A Sangha, au lieu du Bivouac (tout le monde aura remarqué ma passion pour le camping?), on peut prendre une chambre dans l’hôtel de la femme de Dogon de Sangha Mission: c’est là que nous fêterons le nouvel an. La chambre est propre, et elle sent la lavande et la citronnelle.

Ogo nous emmène au marché où nous voulons acheter des robes d’apparat pour la fête du nouvel an. Le marché est très animé et embaume l’oignon, cru, en boulettes, en beignets, en plats cuisinés… Nous choisissons de belles étoffes. Nous ne croyons pas trop le couturier quand il nous dit que les robes seront prêtes ce soir, donc dans 3 heures. Surtout qu’il mesure le tour de poitrine de ma sœur à 110, et le consigne avec le tour de taille de Mme Routarde. Pour moi, il mesure juste la hauteur. Je dois être une taille standard. Nous ne rapportons pas de phtos de Sangha, l’appareil a dû de nouveau être envoûté! On peut en voir ICI (clique).

Nous passons ensuite chez Ogo, et faisons connaissance avec toute sa famille. Il a 6 enfants, dont 4 fils, de 1 à 18 ans. Les deux derniers sont issus d’un deuxième mariage. Sa femme est ravissante dans une robe très raffinée, le col de sa robe est en forme de pétales de marguerites.

Il y a une vingtaine d’enfants chez lui, et il nous explique que tous les enfants du village aiment traîner ici, en plus de ceux de ses deux frères décédés.

Je me retrouve un enfant pendu à chaque bras, qui vont me suivre jusqu’à l’hôtel. En Afrique on passe son temps à enlever des enfants sans s’en rendre compte. En France je serais déjà en taule.

Le soir, au lieu de rentrer chez lui en famille, Ogo trouve des danseurs pour le nouvel an. Il joue du tamtam comme un chef. Il saute partout. Nous, on souffle comme des grosses vaches après seulement une danse, une ronde où il faut faire « comme celui de devant ». J’ai vite fait d’anéantir « celui de devant » en lui ratatinant les pieds de par ma grâce légendaire, et comme ça au moins, je peux aller m’asseoir avec une bonne bière.

Les robes sont livrées au milieu de la fête. Elles sont prévues pour résister en cas de grossesse gémellaire. Ma sœur refuse de la porter rapport à son image de marque. Faudrait quand même pas qu’on croit qu’elle a des grosses fesses. C’est vrai qu’elle a un petit côté « hippopotame de fantasia » habillée comme ça.

Nous regagnons notre chambre peu après minuit, et nous endormons bercées par les rythme des tamtams dans la cour.