*Romir* wiz ze flegme britonique

Depuis que je suis au service de Sa Majesté Sean Dawling, j’ai trop trop fait de progrès en matière de classitude. Je suis à DEUX DOIGTS de me sortir avec élégance de toute situation délicate sur le plan du grand moment de solitude.

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Mise en situation.

Je viens d’arriver à Londres. Bon ce qui frappe à Londres, c’est comment cette ville arrive à te faire rentrer systématiquement en compet’ internationale de junk food. Là, j’ai été en premier à Itsu manger une seizaine de dumplings (les dumplings d’Itsu c’est un peu les gyozas d’Higuma, mais meilleurs, SI JE TE JURE), avant d’enchainer sur la soupe coco curry, suivie du canard aux prunes enroulé dans les crèpes, pis d’une bonne platée de sashimis de saumon et d’une mousse au chocolat. Là-dessus, un bon piti English café, ceux où ils mettent de la crème avec un peu de sucre, du lait entier et du sirop de caramel, et si tu leur demandes spécifiquement, un zeste de café. Dedans, tu trempes une pièce en or en chocolat (cacao optionnel, comme pour le café). Mais comme tout ça était bien riche en sucre, je me suis dit qu’il fallait exorciser avec un peu de gras, et là, LA BON NOUVELLE, qu’il a dit le Dawling, c’est que c’était l’heure du bacon frit dans ses baked beans (j’étais pas loin de rajouter de la mayo). ATTATION toujours finir sur une note sucrée pour signifier à son estomac que le repas est fini, sinon il a encore faim. Du coup j’avais toujours faim et j’étais sur le point de tartiner du nutella aux jelly belly sur des krispy kreams, mais je trouvais que ça manquait de gras alors je me suis contentée d’un muffin double choco.

Quand vient le moment où il faut rentrer vu que si tu te couches pas tussuite pour la sieste, tu meurs de digestion fulgurante.

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Le Bus n°19 est à l’approche. Je ferme mon magnifique parapluie qui transpire la sobriété et le bon goût : il est rose, et, offert par un labo dermato, orné de candida albicans vus au microscope (je te conseille pas de chercher candida albicans dans google image. Argh, je t’avais dit.) Je monte dans le bus. Je monte encore, au deuxième étage. La seule place disponible est là-bas là-bas, dans le fond-fond du bus. Devant moi, une Dame voilée qui s’enfile des genres de loukoums crempés dans une sauce cheddar-vinaigre-curry, si j’en crois son haleine. La file centrale du bus se remplit. Le Chauffeur joue à freiner du pied gauche, ça tangue, et j’arrête pas de me cogner le nez dans la chevelure grasse de la dame aux loukoums.

Je sens le goût du bacon dans le fond de ma bouche. Ça gargouillise et ça grondouille. Je considère mes options : traverser tout le bus dans un sens, en sautant par-dessus les 8 000 personnes de l’allée centrale, demander au chauffeur de s’arrêter, retraverser dans l’autre sens en bas, descendre, trouver un arbre grillagé ou une impasse sombre, remonter les cheveux, cracher le bacon, tout ça à l’insu du Dawling ? Les cheveux de la dame ? Oué pas bête, mais pas très très gentil, pis si elle s’ébroue sur Dawling après, on peut pas compter sur la discrétion des gens, vous savez.  Mon sac à main ? Mon écharpe?

AHA. Je sens que vous retiendez voutre souffle et que votre transpiration commence à goutter sur votre front (vous habitez toujours à Marseille, vous, non?)

FACILE pourtant. Je vous avais donné tous les indices.

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Dans cette situation de crise, vous entrouvrez votre parapluie candida albicans, vous vous baissez sous le siège, vous *romissez* discrètement dans le parapluie, vous refermez, (pas trop fort sinon ça éclabousse) et PAF, vous oubliez ledit parapluie dans le bus.

C’est pas le top de l’élégance ça ? bon à part que excusez-moi de vous dire mais vous avez  un peu de vomi sur la joue, mais faites pas l’enfant, le vomi coco curry c’est très décoratif.

 

– Oh DAMNED, I forgot my umbrella in the bus, Sean.
– Oh, can I get it for you?
– NONONO
– Ah? Would you share mine then?
– Oh beh si tu insistes Dawling quand même.

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Plus près de toi, London

Dans ma vie, il m’a fallu un long travail sur moi-même, mes cheveux surtout, pour arriver à afficher cette grâce et cette élégance naturelle qui me caractérisent souvent, mais sauf des fois.

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Au hasard, prends mon premier cours de danse classique : dans ma candeur éclatante de tendre jeune fille en fleur, j’étais caressée par de grandes espérances. Enfin, j’avais trouvé ma voie.

Enfin en tout cas, ça pouvait pas être pire que le judo, où c’est que le kimono blanc c’est grossissant et ça s’arrête pas de s’ouvrir sans préviendre sur tes nichons naissants, et que tu dois te battre contre une bande de petite brutes perfides et édentées qui font rien qu’à semer leurs verrues plantaires.

Ou que le tennis où tu dois affronter le fils ou la fille du duc de Corvée de Chiotte Demain-Matin, qui te tanque la raquette dans le sillon labial en t’accusant de jamais courir alors que tu pouvais pas, t’avais une balle coincée dans ta poche du jogging qui te grattais la cuisse, tu SENTAIS venir le début d’eczéma là, tu le SENTAIS. Ah mais ça les gens, la dermato c’est le cadet de leurs soucis hein. COMPETITION COMPETITION, voilà c’est tout ce qu’ils ont à la bouche.

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Alors que la danse, c’est coule, tu te bats contre personne, normalement.

Bon et là en fait, je te laisse sonder l’étendue de mes lacunes :

  • J’arrivais avec un vieux collant violet de gym de ma mère, trop long et sans pied. Déjà laisse-moi te dire que si t’as déjà fait de la danse classique, le premier truc que t’apprend, c’est que le collant, il A DES PIEDS, sinon c’est un collant de modern’ jazz malheureuse, pis il est incolore ou à la limite légèrement teinté de rose mémé, mais VIOLET, c’est LA faute de goût.
  • Pis en pusse, je te ferais dire que c’était hyper dur de pas perdre les élastiques et les aiguilles à chignon, surtout que j’en avais besoin pour mes expériences de vaudou sur Barbies, alors du coup, quand j’avais de la chance, j’avais des élastiques de cuisine, ou du scotch, ou ce que je trouvais dans la voiture à mon père en venant quoi.
  • Et pour fignoler cet équipement professionnel des plus perfectionnés, un magnifique justaucorps en velours noir. Un justaucorps dont TOUTES les danseuses rêvaient. Elles en mourraient de jalousies, les radasses de crevures de raclures de bidet. Et moi je l’aimais tellement, que je le mettais aussi pour mariages, baptêmes, bar-mitsva, avec ma jupe qui tourne, et pis dernièrement pour aller à la campagne, style décontracté, et enfin, style j’ai oublié mon maillot de bain, à la mer. Et bon, j’avais un peu oublié de le sortir de mon sac de sport-pique-nique, et au contact d’un vieux sandwich au camembert, rapport à l’humidité, ils avaient un peu fait des bébés roquefort, mais à l’intérieur du justaucorps, alors je pensais que ça passerait incognito.

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Brèfle. Pour dire, ya des gens pour qui la classe c’est inné, pis y a des gens comme moi- même personnellement pour qui c’est un travail de tous les jours. 

Et là, j’avais un peu de la chance, parce que j’étais à Marseille, où j’étais un peu en vacances de classe. Attation rien à voir avec cette ville de classiositude optimale qu’est Marseille hein, loin de moi l’idée de sous-entendre le contraire. Marseille, son poisson à l’ail, ses nappes avec des olives dessus, et ses boites avec des fausse cigales qui font krr krr quand on les ouvre. Mais enfin à Marseille, j’ai pas tellement d’amis avocat du VIIIème, donc personne pour critiquer ma manucure faite à la sueur de mes dents ou mes bottes vintages cuvée 1953 vieillies en fut de crottes de chiens de trottoirs marseillais (mais il fait beau hein).

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Or les vacances c’est bien joli, mais du coup Sean Dawling, par le truchement de la conséquence, a passé 68% de son temps de ces derniers mois dans l’avion London – Marseille. Pouvais-je laisser ainsi ze love of ma live, and ze future fazer de mes 11 enfants se tuer à la tâche de faire sa valise sans dentifrice (l’attaque terroriste au dentifrice en avion, un phénomène méconnu)  ?  

NON. A Y EST, je suis reviendue à Paris. Comme ça, il va pouvoir passer 72% de son temps dedans l’Eurostar à la place. Et présentement je vous écris en direct depuis mon tout nouveau bureau de moua, qui rutile de classiosité et de souris sans fil toute neuve. A l’étage, un dentiste, en dessous, un Italien qui sert des escalopes milanaises à emporter.  A 100 mètres, une station de métro et la rue de Lévis, avec son odeur de poulet rôti et de baguette fraiche, une brasserie qui sert des huitres à toute heure et une chocolaterie QUI FAIT DES BOULES CREMES.

J’ai pas encore de maison, mais pinaise, c’est bon d’être à la maison hein.

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Bon, où c’est dans quel carton que j’ai rangé mon rouge-noir de Chanel et mes escarpins spéciaux-parfum-crottes-de-chien-du-Parc-Monceau moi?