La naissance, ce moment merveilleux #2

Le début de ce récit palpitant et émotionnant est ici.

 

A 22 heures ce samedi soir, moi j’aurais dû être dans le restaurant gastronomique d’un hôtel de lusque de Richmond, au bord de la Tamise, que Dawling avait réservé pour notre anniversaire de mariage.

 

A la place, j’ai mangé des chips au vinaigre et du snickers fondu de contrebande de la machine à café. Mais c’était merveilleux. Car depuis que j’ avais renoncé à Chantal (c’est ELLE QUI A COMMENCE), et que j’avais eu ma péridurale, j’avais plus mal au dos, j’avais plus mal au ventre, j’avais plus envie de vomir, et j’avais même plus besoin de me lever pour aller faire pipi comme toutes les 23 minutes depuis 3 mois. Une sage-femme était à disposition pour m’apporter à boire, me regonfler mon coussin et me faire des bisous à la main si nécessaire. J’avais le lit pour moi tousseul, Dawling pouvait bien se débrouiller avec son fauteuil tout pourri, moi je parlais aux oiseaux (des restes de la morphine sans doute).

 

Mais ça n’a pas duré, ma pauvre Geneviève. Car Chantal est reviendue se venger, et sa colère a été terrible.

 

Le lendemain matin à 6 heures, j’ai dû dire adieu à la merveilleuse sage-femme qui a été remplacée par une autre. La nouvelle avait apparemment été formée à Guantanamo : On était plus là pour rigoler, voyez ? Or, malgré le monitoring des contractions qui affichait un 42 sur l’échelle de Richter toutes les 3,5 secondes environ, au niveau du col, c’était la  mer des îles Grenadines, QUEDALLE.

 

Comme il fallait bien lui faire les pieds à ce col récalcitrant, PAF, elle est allée lui chercher la perf d’ocytocine sous les ricanements de Chantal.

 

A 11h, elle a décrété que voilà, on avait qu’à dire que j’étais prête à pousser, vu que les 24 heures fatidiques après la perte des eaux allaient plus trainer et qu’elle avait pas l’habitude de se laisser faire par  les mollassonnes du col comme moi.

 

Là moi je me suis rappelée de cette bonne vieille Chantal, et j’ai demandé si on pouvait vraiment pousser comme il faut sous péridurale, vu que j’avais pas l’impression de ressentir grand-chose.

 

Elle a dit : NON. Et elle a éteint la péridurale, PAF. Bien fait pour moi.

 

Au bout de quelques minutes, j’avais toujours pas envie de pousser, par contre j’avais super envie de me foutre en l’air vu comment j’étais de nouveau en train de décéder vivante sur place. Marie-Thérèse la sage-femme a alors pris les choses en mains en s’asseyant sur mon bras perfusé (elle et ses 240 pounds de tutu) puis en me coinçant les doigts dans l’articulation du lit. Fallait que je me bouge le séant, que j’arrête mon cirque et que je me mette en levrette. Ordre du général.

 

Scoop : Se mettre en levrette avec la colonne vertébrale brisée et la perf emmêlée, ça atténue pas tellement la douleur, en fait. Pis là, il a fallu pousser. Sans péridurale, sans avoir envie, et sans qu’il se passe jamais rien. Je sais pas exactement combien de temps s’est écoulé (looooooooongtemps), occupée que j’étais à vomir / pleurer / tenter de sauter par la fenêtre / feinter le tutu de Marie-Thérèse qui était irrésistiblement attiré par  le moelleux de mon bras perfusé.

 

Mais au bout d’un moment, Dawling a dû finir par dégotter un bazooka et faire venir de l’aide. Une autre sage-femme de 12 ans et demi m’a annoncé qu’on partait au bloc, mais que du coup, une fois qu’on y serait,  ils allaient devoir me faire une rachianesthésie. Et elle a commencé à me lire les 8 pages recto-verso du consentement éclairé du patient sur tous les effets secondaires du bouzin (en Anglais, mais bon à ce stade et dans mon état, ça aurait été du Ouzbek occidental que j’aurais pas mieux compris). Elle avait aussi l’air assez embêtée parce qu’ils trouvaient pas de pantalon à la taille du pti postérieur du Dawling, ça va tomber Monsieur, ou alors faudra bien serrer la ficelle mais ça va bailler au niveau des cuisses. (REALLY ?? )

 

Ensuite, il me semble qu’on a traversé l’hôpital sur une route non goudronnée avec beaucoup de nids de poules pour atteindre le bloc opératoire, ce passage est un peu flou. Mais en tout cas, j’ai pas réussi à mettre fin à mes jours en me jetant sous les roues du brancard, vu qu’arrivés de l’autre côté j’étais toujours au bord de la mort, en train d’essayer de les insulter mais vas-y, rappelle-toi de ce qu’ils disent dans les films de Tarantino en Anglais avec la colonne vertébrale brisée en position de levrette.

 

Puis un type à lunettes planqué derrière un masque m’a sanglée et fait une piqûre dans le tuyau de la péridurale, et j’ai ENFIN été soulagée. Par contre j’avais des steaks froids à la place des jambes et les bras attachés, on peut pas dire que c’était aussi jouissif que la première fois.

 

Il s’est avéré que le Skips était pas du tout en position mais au fond du couloir à droite en train de regarder ailleurs. Il a fallu lui remettre la tête dans l’axe et aller le chercher avec des couverts à salade (c’est joli comme petit nom pour des forceps, nan ?).

 

Mon Womnbat est né à 15h12.

On me l’a rapidement montré mais je l’ai pas vu tout de suite, parce que j’avais pas mes lunettes.

Dawling est allé le surveiller pendant qu’on l’examinait,  et puis on l’a enveloppé dans un linge et on me l’apporté.

Il avait les cheveux orange dressés sur la tête, les marques des forceps et il sentait le bacon grillé (l’odeur la plus délicieuse du monde). Il a pas voulu manger, mais il s’est endormi sur moi en ronronnant un peu (le bruit le plus délicieux du monde).

 

Le temps s’est arrêté.

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La naissance, ce moment unique. TA GUEULE CHANTAL

Ca fait une semaine que nous sommes 3, avec un petit Wombat tout neuf.

Et vous vous rappelez quand Florence Foresti parle de la boucher… euh, du bonheur que c’est un accouchement? Haha, moi je me disais, encore une qui a pas lu Chantal Birman, pffff, la pauvre.

Hum. Alors je pense que je vais revendre le livre en fait, voire demander à Chantal de bien vouloir me REMBOURSER. TOUT DE SUITE.

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Moi on m’avait dit: Tu vois, dans les films, les accouchements c’est nul. D’abord la fille, elle perd les eaux, après elle se met à hurler de douleur, elle fonce à la maternité dans un taxi, pis elle accouche dans des douleurs insupportables. Sache qu’on perd pas les eaux, c’est un effet de cinéma, et que la douleur, c’est très progressif et si on a pas peur c’est très supportable, voire agréable pour certaines femmes. Ah bon? Ca tombe bien, moi j’ai trop pas peur, haha, comment je vais trop accoucher facilement en 5 mn avec le brushing impeccable.

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Samedi matin, je me réveille, il fait un temps merveilleux. Premier jour du congé maternité, et avec Dawling, sachant que peut-être faudra attendre quelques jours après la naissance (HAHAHA) avant de pouvoir de nouveau se faire un pti tour de poney, hop, on tente. ERREUR. Bon, mais c’est pas grave, rien n’entamera ma bonne humeur, même pas cette impression d’avoir eu une décharge électrique de 453 volts dans le fondement. On a réservé un bon resto où on a nos habitudes. Je commande une côte de veau à la Normande car il fait jamais trop chaud pour la crème fraiche d’Isigny. Je mords dans la première fourchette avec bonheur quand soudain, quelqu’un allume un tuyau d’arrosage PILE entre mes jambes, et les pieds de la table, les chaussures de Dawling, et la moitié du sol du resto se retrouvent inondés. Pas besoin de lancer des recherches archéologiques, la fuite vient de Skips. Faut rentrer à la maison et vu l’état de la pièce, je dois abandonner mon assiette (et on reviendra pas dans ce resto avant quelques années hein) (on portera une perruque blonde et des lunettes noires aussi) (j’espère qu’ils feront toujours de la côte de veau à la Normande).

Arrivés à la maison, on jette deux serviettes et une chemise de nuit dans une valise (les pyjamas pour le bébé, on en a deux ou trois, mais ils sont pas secs je viens de les laver ce matin, hum), et on saute dans un taxi, non sans m’être momifié le tutu pour limiter les dégâts des eaux, NE NIE PAS CHANTAL, LES GENS PERDENT LES EAUX.

Quand soudain, dans le taxi, j’ai l’impression qu’une porte de métro se referme brutalement sur mon ventre et mon bas de dos. J’ai tellement mal que je me dis, la crème fraiche d’Isigny avait tourné, je suis en train de mourir d’un empoisonnement, ou alors je me suis cassé la colonne vertébrale sur ce brise-vitesse, je sais pas, mais en tout cas, je meurs là. Je me mets à hurler, NE NIE PAS CHANTAL, C’EST A HURLER.

Comme j’ai la colonne vertébrale en miettes, je suis paralysée, et Dawling doit me porter dans la salle d’attente de la maternité. Pendant que je hurle. POUR LES MOUVEMENTS LEGERS DU BASSIN QUI ATTENUENT LA DOULEUR, JE PEUX BIEN ME BROSSER CHANTAL.

Et là moi, bêtement, je croyais qu’en arrivant, mon calvaire serait fini, vu qu’on est au XXIème siècle tout de même. QUEUDALLE CHANTAL. Vu que les sages-femmes, elles ont dû lire le bouquin aussi. Et donc elles me caressent la main en disant: Mais non mais non, Madame, c’est rien, ça va passer, vous vous en sortez très bien. La contraction va passer là. Bougez un peu pour voir? Alors bin LA contraction dure depuis une heure, et je vous rappelle qu’avec ma colonne vertébrale cassée, je vois pas tellement comment je peux bouger.

Et là CHANTAL, TON CM DE DILATATION PAR HEURE, bin il est JAMAIS venu. Après 7 heures comme ça, à constater que tout corps à la colonne vertébrale brisée ne se répare pas par magie quand on se met à 4 pour le coller dans un bain, et à me répéter inlassablement « you’re doing very well love, you’re doing very well » pendant que moi je hurle, force est de constater que j’étais toujours PRESQUE à 1.

A ce stade, Dawling, mon sauveur, est allé arpenter les couloirs jusqu’à ce qu’il tombe sur une sage-femme innocente qui avait une ampoule de morphine à la main (car mais non mais non, on peut pas faire de péridurale, rien n’a encore commencé là, Madame, reprenez-vous). La morphine? Ce truc qui fait qu’on romit tout ce qu’on peut, qu’on reconnait plus sa mère et qui abrutit le bébé? MAIS VAS-Y PLANTE LA MOI DANS LA CUISSE CHANTAL. NOW.

Bénie soit la morphine. J’avais quand même un peu moins mal, pis trop sommeil pour hurler, et ENFIN, il y a eu du progrès, ce qui fait qu’après trois heures, ENFIN, l’anesthésiste a pu faire son œuvre. J’ai été sau-vée. Enfin, j’ai cru. J’ai cru que j’en avais assez bavé pour mériter de rencontrer enfin mon Skips et d’oublier instantanément ce calvaire. On est samedi soir, il est 22 heures, et encore une fois, TU M’AS ENDUITE D’ERREUR, CHANTAL.

A suivre…

3 jours avant la quille, on est pas rendus Micheline

A y est, c’est ma DERNIERE semaine de boulot dites donc (moins vendredi!).

Il est grand temps, je vous le dis.

Dawling est super busy. Cette semaine, il est rentre à minuit tous les soirs, sauf une nuit où il est pas rentré du tout. Il a dit qu’il avait passé la nuit avec Norton Rose, j’espère que c’est pas avec une secrétaire de 21 ans blonde et bouclée et mince avec des gros seins qui lui fait des cours de rattrapage de poney. Parce que moi, là, j’ai beau essayer, les câlins, ça devient du casse-tête chinois. Skip est engagé, alors j’ai l’impression que là où c’est qu’on mettait son zizi y a plus de place di tout, pis faut pas me secouer à cause des remontées acides, et EN PLUS, je suis toute rouillée et avec la chaleur j’ai l’impression que quelqu’un m’a soufflé dans les jambes, les orteils et les doigts. En fait je suis un genre de canard laqué croisé avec une tortue de mer retournée (EH, JE DOIS FAIRE PIPI, viiite, quelqu’un peut me sortir du canapé?). Enfin, quand je suis dans l’eau ca va, alors peut-être que finalement je vais faire un accouchement dans l’eau et tout sera formidable? Je croiserais bien les doigts MAIS JE PEUX PAS Y SONT TROP GROS.

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Sinon, rien n’est prêt:

  • On a toujouuuuurs pas de nooooom, HEEEEEELP mais comment qu’on va faire? Ouvrir le livre au hasard dans le dictionnaire des prénoms? Dawling Junior?
  • On a toujours pas de chambre aussi, rapport que Dawling qui devait peindre, bin à la place il bosse. Enfin, on aura la moquette mercredi donc moins de cartons PARTOUT dans la maison déjà. Là, on peut pas marcher. Déjà que de toute façon, je peux pas tellement marcher, c’est pas pratique.
  • Mon sac de maternité est toujours pas fait. Ca me rappelle l’école quand j’étais toujours le boulet qu’avait pas de matériel, genre, t’as pas une cartouche, une feuille, un stylo, un crayon? Là, ça va être, quelqu’un peut me prêter une culotte filet et un coussinet de nichon, please? Et un torchon pour enrouler autour de mon bébé-sans-pyjama-fixe?

MERKIIIIII.

Pfiouuu là là.