England expects that every man will do his duty, avec des crackers et du porto

En ce moment, c’est le festival du jour férié en France, un peu. Alors que chez nous, QUEDALLE.

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Ce qui m’arrange en fait: Ca fait 10 jours que je suis en congé maternité – j’en avais rêvé et fantasmé des listes longues comme ta bite d’articles à écrire, de recettes à essayer, d’albums photos à faire, de grands projets artistiques autant que littéraires (je suis un peu mégalo dans le dedans de ma tête, je crois que je suis un genre de Alexander Calder croisée Emmanuel Carrère, mais juste j’ai pas le temps pour la réalisation, voyez?) – et puis en fait, depuis 10 jours, j’ai fait: rien. En rotant. Bon.

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MAIS il est question d’avoir un jour férié le 21 octobre (à la place de celui fin mai, y en a déjà un en mai, OR c’est la crise, les gens). Le 1er novembre pour une fête catholique? Ca va pas, non? On peut pas de toute façon, on les brûle le 5 novembre pour Bonfire Night, les catholiques. Le 11 novembre? Non plus, c’est pas comme si on avait perdu un million d’hommes dans cette histoire hein? Nan. Nous, on va plutôt commémorer le 21 octobre.

Le 21 octobre 1805. La bataille de Trafalgar i.e. jour où l’Amiral Nelson a mis une bonne pâtée aux flottes Françaises et Espagnoles. La première année, quand je suis arrivée dans mon travaillement dans le bateau briton, avec mes collègues françaises et espagnoles, on avait eu une piqûre  de rappel de l’importance de la date, parce qu’on avait été invitées chez la Royal Navy pour l’occasion. C’était un diner TRES TRES officiel et solennel, tout le monde devait avoir des robes de soirée et des gants blancs et des brushings avec pas une mèche qui dépasse, dans la Navy ça rigole pas. ET il fallait se familiariser avec la coutume locale.

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Comme je suis sympathique comme garçon, je vous fais un résumé, ça vous permettra de briller en société britone (si vous souhaitez plutôt briller en société aborigène d’Australie, c’est LA):

* En entrée, il y a de la soupe. Alors il faut slurper la soupe non pas par la pointe de la cuiller, MAIS par le côté de la cuiller, c’est très important. Je sais pas si c’est pour être plus efficace au niveau du bruit – car ça slurpe beaucoup plus bruyamment par le côté – je vous préviens du risque au cas où vous voudriez tenter l’expérience chez vous. D’ailleurs les cuillers chics ont même pas de pointe, elles sont toutes rondes, comme ça on est bien feinté, nous les Français.

* Ensuite, il y a du rosbif et des petits pois: Il faut manger les petits pois non sans leur avoir fait préalablement escalader la face Nord du dos de la fourchette. C’est pas facile hein? Me demande pas, le Briton est farceur au niveau de l’étiquette.

* Après, il y a du pudding. C’est une espèce de gâteau bien bien dense aux entournures parfumé aux vieux raisins secs. Et BOUILLI. Comme je vous le dis. Il faut arriver à aller tout recracher aux kiottes avec un sourire niais et sans roter ou romir pendant qu’on l’a dans les joues tel le cochon d’Inde moyen. Enfin moi je suis ceinture noire de recrachage aux kiottes incognito, c’est rapport à ma Grand-mère qui cuisine pas.

* Et enfin, il y a le fromage. Le fromage vient APRES le dessert, servi avec des crackers apéritif et du porto (et donc sans pain ni vin, par le truchement de la logique britone). Et il faut manger mine que rien comme si tout ça était absolument normal. A noter aussi que le porto ne doit jamais toucher terre, enfin la table, sinon, à bord d’un bateau, il pourrait se renverser, et ça serait la catastrophe, Micheline. Heureusement, si vous êtes une fille, vous êtes pas celui qui reste coincé avec la bouteille en cristal de porto de 3,5 T à la main, vu que les filles ont pas le droit de la toucher.

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J’avais bien maitrisé: j’étais légèrement boudinée dans ma robe de soirée bustier prêtée pour l’occasion (je veux dire par là que fallait pas respirer trop fort sinon mes nichons s’échappaient instantanément du décolleté) (et ça l’échappage de nichon, c’est LE fashion faux-pas chez les britons, ils vous parlent plus ZAMAIS de la soirée) (par exemple, les Espagnols sont beaucoup plus nichons-friendly, j’ai remarqué), m’enfin très peu de petits pois étaient tombés au combat.

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Forte de cette expérience et de cette infiltration réussie en milieu hostile briton, je voudrais bien demander ma réhabilitation au sein de la flotte française. Parce que jusqu’à maintenant *ATTATION VENDREDI CONFESSION*,  à l’Amirauté française, je suis bannie et fichée sous le nom de la *Terroriste à la Crevette*.

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Tout a commencé au dernier diner TRES TRES officiel et solennel auquel j’avais assisté, à l’Amirauté de Marseille avec mon père (Mon père, c’est le Chef des bateaux du monde, un peu comme moi, mais plus, avec des médailles pour décorer sa casquette de Chef et tout).

La consigne: tiens-toi droite, vérifie que t’as pas un boût d’épinard dans les dents avant de sourire, ne te trompe pas dans l’ordre des fourchettes, ne raconte pas de blagues, ME FAIS PAS HONTE (la confiance règne).

Tout s’était parfaitement déroulé, quand soudain, on nous apporta des brochettes de crevettes à la sauce tomate.

DES BROCHETTES DE CREVETTES A LA SAUCE TOMATE.

Quand on vous signifie par la présence de 14 fourchettes de chaque côté de l’assiette que y a INTERDICTION ABSOLUE de toucher la crevette de ses petits doigts agiles nonobstant boudinés.

Bin vous me croirez ou pas, y a pas eu d’incident. Le vin blanc aidant, j’ai décortiqué mes crevettes de façon TRES TRES officielle et solennelle, avec ma fourchette et mon couteau, sans débordement de sauce tomate et en toute dignitosity-at-all-times.

Une fois l’épreuve passée, j’étais parfaitement détendue, suintant la confiance en moi, et en pleine conversation enduite d’intelligence et de culture batelière avec mon voisin de droite, un haut dignitaire je pense, en tout cas un type TRES TRES officiel et solennel.

Sur la droite de mon assiette, j’avais empilé la brochette en bois, et par dessus, ERREUR FATALE DE DEBUTANTE, les épluchures de crevettes à la sauce tomate.

Et là tout s’enchaine très vite.

Monsieur le dignitaire me pose une question, et afin de prendre mon menton dans ma main droite pour me donner un air d’intellectuelle inspirée, je pose mon coude sur la table. Juste avant de toucher la table, mon coude vient heurter la brochette en bois recouverte d’épluchures de crevettes à la sauce tomate, qui comme un mikado, fait levier avec élan, et projette le tas d’épluchures de crevettes à la sauce tomate, direction en plein dedans la face de Monsieur le haut-dignitaire. Qui comme de bien entendu portait une chemise blanche immaculée et une raie sur le côté bien gominée (et des oreilles géantes aussi).

C’est là que le titre de haut-dignitaire prend tout son sens:  le type a pas bronché et continué la conversation tel le briton flegmatique alors même que j’étais en train de l’épouiller de façon TRES TRES officielle et solennelle de ses épluchures de crevettes à la sauce tomate, dont certaines étaient engluées dans le gel capillaire, d’autres coincées aux boutonnières de sa chemise anciennement blanche, et une qui lui faisait un très élégant pendant d’oreille (géante).

Résultat: J’ai plus ZAMAIS été invitée à l’Amirauté à Marseille. PIRE que le sort habituellement réservé aux coupables d’échappage nichonnal en zone britone. Est-ce que VRAIMENT ça mérite une telle mise à l’écart, Mesdames et Messieurs les jurés? Non. Je pense que j’ai bien mérité ma réintégration au QG des bateaux français.

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Parce que moi, sinon, en plus de brûler des catholiques pour Bonfire Night, puisque c’est comme ça, je risque de retourner manger du Stilton tartiné sur des crackers Belin au porto à la Royal Navy en célébrant Trafalgar hein.

MEME PAS PEUR.

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*Pitié, envoyez-moi un hélico d’urgence sanitaire de Stilton*.

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PLAF

La semaine dernière, j’ai un peu travaillé 12 heures à cause d’un méchant qui s’était emparé de tous mes bateaux, en Afrique. J’étais crevée mais l’adrénaline, ça tient bien éveillé hein, il en allait de la vie de mes bateaux chéris, quoi.

Jusqu’à ce que. Oh mais j’ai mal au cœur. Bon je vais vomir et je reviens. Ouh là, mais ça touuuuurne, pis y a des étoiles qui dansent devant mes yeux, EH LES ETOILES ON SE CALME, vous me filez la gerbe. Ouh là, mais j’ai la tremblote  et puis je bave? Ah et je saigne du nez aussi, attend je m’allonge par terre. Pardon, moquette du bureau. Oui, bon,  là, ça serait bien d’appeler mon Dawling parce que je peux plus bouger, je suis aimantée la tête contre la moquette.

En fait c’est allé mieux  1/4 d’heure après mais j’étais vidée, alors on est rentrés à la maison, je suis allée me coucher et  je devais un pwal avoir besoin de sommeil parce que Dawling a du me réveiller le lendemain à 22h pour me faire boire un verre d’eau: j’ai dormi d’un TRAIT.

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Enfin là, ça y est je suis d retour au bureau, sans déconner on est pas chez ces gauchos de Francais ici Madame – attend, la grossesse c’est une maladie ou c’est pas une maladie? Nan? Eh ben, tu vas au boulot alors. Mais surtout, reposez-vous hein. C’est un peu comme « faut allaiter exclusivement pendant 6 mois mais par contre faut reviendre travailler au bout d’un mois » – j’aime bien, c’est cohérent.

Là, VENGEANCE,  je viens de faire peur à mon boss briton, vous savez les Britons c’est des sensibles. Il m’a demandé si ca allait mieux, alors oui oui ça va très bien, thank you very much, et il m’a dit que ça arrivait tout le temps à sa femme quand elle est enceinte, parce que le sang se barre de la tête. J’ai répondu « Oui, dans les nichons en fait ». Là il est parti se cacher, il me parle plus.

J’ai recommencé la gym, HAHAHAHAHA (NOT)

A force de me piquer aux hormones tel le poulet moyen, mon double-menton a légèrement doublé de volume et il me faut un treuil pour monter les escaliers de la maison.

Du coup, j’ai tenté la gym du bureau (moitié-prix, un demi-rein seulement, profitez-en!).

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  • Avantages: Au bout de 2 séances, j’avais déjà le cuissot tout dur et tout musclé. C’est rapport au prof de body-pump qui ressemble à un guerrier massaï, surtout ses ptites fesses. Par exemple, il se tourne, et il vous montre comment il faut les contracter en rythme sur Massive Attack  (J’AI PAS BIEN VU, TU PEUX REFAIRE?). Du coup, j’ai pas osé tomber dans les pommes ou m’enfuir après 10 minutes (quand mon rythme cardiaque a atteint les 380 battements par minutes au bas-mot), parce que j’avais trop peur de le décevoir.

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  • Inconvénients: J’ai pris conscience que Mémé, 83 ans, a un meilleur cœur que moi. Et que Poupouffe, 23 ans, 1,80, 42 kg, doit prendre de la coke pour tenir sans broncher au cours de spinning, je vois pas d’autre explication (la drogue, c’est moche). En outre, en sortant mercredi soir, mes jambes m’ont un peu dit, à leur façon, d’aller me faure cuire le tutu avec le sport. Je suis pas tombée. Marcher, ça allait encore. Monter, ça allait encore (j’aurais pu demander une péridurale mais j’ai géré). Mais quand j’ai essayé de descendre les escaliers, autour des genoux ça s’est mis à trembler et à partir dans tous les sens. J’ai dû m’asseoir avec ma petite robe noire sur les marches du métro au jus de chaussures de gens et descendre sur le fondement marche par marche.

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Dignotosity at all times.

Not.

Notre premier candidat est Marcus, de Hull

A part de marcher dans une flaque de pipi de chat quand je viens juste d’enfiler mes chaussettes orange à rayure de Juno préférées, moi, j’ai peur de rien.

J’ai affronté,
Les gros gros Lions.
Les Wombats.
Les Pandas Qui Se Grattent Le Pied.
ET MÊME, des trucs encore plus monstrueux, comme par exemple cette scène insoutenable:

20090312.01

Un bébé cro meugnon déguisé en chaton cro meugnon

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Mais là, vraiment, j’ai atteint les bornes des limites de la torture de mon intégrité physique et psychique, quand les Britonnais de mon travail m’ont envoyée en tourisme de réunion sur les bateaux du monde à Hull.

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Là, il faut entendre la voix de Lucien Jeunesse pour le Jeu des Mille Francs dans votre tête.

Petite bourgade bucolique nichée dans les plaines britonnes industrielles, Hull dépendait jadis du Yorkshire mais affirme aujourd’hui sa pleine identité au niveau de l’indépendance après qu’elle ait finalement été rattachée à son Yorkshire perso, i.e. le Yorkshire de l’Est. Pour le cas où ne seriez pas familier avec la géographie du Yorkshire (sinon COURREZ! COURREZ PENDANT QU’IL EST ENCORE TEMPS!), le Yorkshire c’est tout en haut de la Britonnie. Quand toute forme de transport en commun (ou de légume vert) a disparu, vous tournez à droite et vous continuez pendant 8 ans et demi. C’est là, en bordure de rivière. Marron la rivière, mais on est pas là pour Paul et Mickey.

Hull, mais pourquoi?
Pour son charmant fumet de raffinerie pétrolifère et d’usine de fondaison de plastique?
Pour le son délicat du chant des marteaux piqueurs en harmonie avec le doux murmure des machines à broyer des trucs qui grincent?
Pour sa vue idyllique sur un coucher de soleil flamboyant sur sa rivière marron au doux reflets irrisés de gris?

Hull

Allez, dites-le que je vous  fais rêver.

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Arrivée à Hull, il y a un détail que les Britonlandais ont tendance à oublier à force de se nourrir d’IPA à même la pompe et de rognures de croûtes de porc pwalues (TRUE STORY) toute la journée. C’est que moi, pour briller d’intelligence dans le cadre de la ptite réunion de bateaux, il faut me NOURRIR, les gens.

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Je me rends compte qu’en fait j’aurais dû ouvrir un blog culinaire en fait, non mais c’est vrai, on parle de manger à 93,8% du temps (voir figure 3). De raies des fesses velues et de nichons à 22,75% aussi, mais moins.

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Brèfle, en terme de bouffe, à Hull, j’ai TOUT essayé, TOUT.

D’abord, afin de me lier aux indigènes de surplace localement, j’ai été au Pub. Enfin, à l’entrée du Pub. Car il faut savoir que lorsque vous franchissez la porte d’un Pub à Hull, vous la franchissez pas tellement en fait, parce que vos semelles de chaussures de chantier restent empéguées dans la moquette imbibée d’un mélange arôme vieille bière-huile-de-friture-rance-vomis-d-oignons. Vous visualisez votre pire cauchemar dedans lequel un barbu patibulaire vous fixe de ses petits yeux gris et sournois sous une lumière de néon rose MAIS vous pouvez pas  fuir car le sol est fait de chewing-gum? Et c’est là que je l’ai vu: Le hamburger. 800 g de steak haché couleur j’ai passé la dernière année de ma life à mijoter sur un grill douteux. Entouré dessus et dessous de deux tranches de vieux cheddar en plastique de 4 cm d’épaisseur chacun. Sur le côté de l’assiette, une bassine de mayonnaise, MIT une moitié de tomate cerise (dans le rôle des 5 fruits et légumes par jour). Et bien j’ai dû utiliser la lame ouvre-boite-chausse-pied-cafetière de mon couteau de Mc Gyver mais  j’ai depégué mes pieds dans les 2,24 secondes pour m’en fuiiiir d’iciiiii.

MAIS J’AI PAS RENONCE, j’avais faim oh.

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Réflexe de survie, je me suis rendue au restaurant gastronomique de Hull. Le scampi-and-chip’s d’argent du Yorkshire de l’Est, hein, attention. Il se situait dans une zone commerciale, au bord de l’autoroute, entre un concessionnaire de 4×4 et un magasin de canapés en véritable skaï synthétique (N’oublie pas de signer la pétition pour sauver les bébés skaïs). J’aurais dû me méfier, mais  j’étais en hypoglycémie à ce stade je  rappelle. J’ai commandé:

  • Une  poêlée de champignons forestiers
  • Une escalope milanaise sur son lit de tagliatelles
  • Un verre de vin rouge australien

J’ai eu:

  • Des champignons de paris géants au nombre de 1 qui avait du pousser en bordure de la déchetterie de Tchernobyl, couvert de 250 g d’ail à l’huile qui dégouline, et BEAUCOUP du sel.
  • Un morceau de Kentucky Fried Chicken à l’ail qui dégouline de l’huile sur son lit de spaghettis al dente temps de cuisson 20h20 assaisonnés à l’ail et à l’huile, et BEAUCOUP du sel.
  • Un verre de vinaigre australien de gasoil gout double-ulcère-perforé avec BEAUCOUP du sel.

Je suis allée me coucher (et vomir) à l’hôtel MAIS J’AI PAS RENONCE.

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Le lendemain, j’étais invitée à déjeuner chez les gens de la réunion des bateaux. J’avais sur moi 2 boites de motilium au spasfon parfum immodium, hein, on est jamais trop prudent, déjà que j’étais à deux doigts d’avoir toppé le scorbut du rachitisme. J’entre dans la salle de réunion et là MIRACLE, une vision du bonheur: La table était couverte de victuailles. Des ptites tartines maison, des salades de légumes de toutes les couleurs, des gâteaux de toutes les formes, des fruits exotiques en brochettes, juste pour moi. Je me suis servie une assiette de 4×3 mètres. Sur 3 épaisseurs. Et j’allais commencer à creuser une fourchette dans chaque main MIT une dans le pied droit, quand soudain:

– Oui alors avant de commencer, j’aimerais remercier nos assistantes qui ont passé la matinée à préparer ce délicieux repas.
– Ohhhh, noooooooon, pensez-vous, c’est rien Monsieur le Président, en plusse y a Marcus qui nous a aidées…
– Marcus?
– Oui, vous vous rappelez le rat géant qui était venu nous rendre  visite? On l’a nourri, et mainant, à chaque fois qu’on est dans la cuisine, il vient nous aider avec ses ptits doigts. On l’a appelé Marcus comme vot’ beau-frère. C’est CRO CRO MEUGNON Monsieur le Président.

MOI CA VA UBER BIEN

Alors
On est coincés sous la neige
Dawling m’a FORCEE à me lever
A me laver les cheveux
A m’ habiller avec 8,000 couches (qui grattent)
Y avait 1 metro qui marchait, c’etait le mien
Je suis arrivée au bureau
Je suis toute seule
LE TROLLEY A PAS PU VENIR

Je sais pas si je vais pouvoir repartir ce soir, peut-être que je vais mourir ici, de froid et de faim
Et je m’ennuie

Ca va vous, sinon?

Humour britonique

Comme je suis la seule à parler français dans cette taule, on m’envoie avec un collègue à qui j’ai pas l’honneur d’avoir été introduite – présenté pour les non-briton-comprenant – dans un hôtel de lusque à Casablanca pour toper un client.

Il a écrit un mail disant qu’il était available pour partir bien que ça risque de nuire à son programme de gym. Comme je voulais m’intégrer socialement, j’ai répondu que je pouvais partir aussi et que j’étais heureuse de lui prêter assistance tant au niveau linguistique qu’au niveau des exercices de gym.

En anglais, j’ai mis tongue and gym positions levels.

Ce n’est qu’après que j’ai réalisé la dimension sessuelle de cette réponse.

APRES avoir balancé le mail à tout le European Syndicate.

Plus près de toi, London

Dans ma vie, il m’a fallu un long travail sur moi-même, mes cheveux surtout, pour arriver à afficher cette grâce et cette élégance naturelle qui me caractérisent souvent, mais sauf des fois.

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Au hasard, prends mon premier cours de danse classique : dans ma candeur éclatante de tendre jeune fille en fleur, j’étais caressée par de grandes espérances. Enfin, j’avais trouvé ma voie.

Enfin en tout cas, ça pouvait pas être pire que le judo, où c’est que le kimono blanc c’est grossissant et ça s’arrête pas de s’ouvrir sans préviendre sur tes nichons naissants, et que tu dois te battre contre une bande de petite brutes perfides et édentées qui font rien qu’à semer leurs verrues plantaires.

Ou que le tennis où tu dois affronter le fils ou la fille du duc de Corvée de Chiotte Demain-Matin, qui te tanque la raquette dans le sillon labial en t’accusant de jamais courir alors que tu pouvais pas, t’avais une balle coincée dans ta poche du jogging qui te grattais la cuisse, tu SENTAIS venir le début d’eczéma là, tu le SENTAIS. Ah mais ça les gens, la dermato c’est le cadet de leurs soucis hein. COMPETITION COMPETITION, voilà c’est tout ce qu’ils ont à la bouche.

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Alors que la danse, c’est coule, tu te bats contre personne, normalement.

Bon et là en fait, je te laisse sonder l’étendue de mes lacunes :

  • J’arrivais avec un vieux collant violet de gym de ma mère, trop long et sans pied. Déjà laisse-moi te dire que si t’as déjà fait de la danse classique, le premier truc que t’apprend, c’est que le collant, il A DES PIEDS, sinon c’est un collant de modern’ jazz malheureuse, pis il est incolore ou à la limite légèrement teinté de rose mémé, mais VIOLET, c’est LA faute de goût.
  • Pis en pusse, je te ferais dire que c’était hyper dur de pas perdre les élastiques et les aiguilles à chignon, surtout que j’en avais besoin pour mes expériences de vaudou sur Barbies, alors du coup, quand j’avais de la chance, j’avais des élastiques de cuisine, ou du scotch, ou ce que je trouvais dans la voiture à mon père en venant quoi.
  • Et pour fignoler cet équipement professionnel des plus perfectionnés, un magnifique justaucorps en velours noir. Un justaucorps dont TOUTES les danseuses rêvaient. Elles en mourraient de jalousies, les radasses de crevures de raclures de bidet. Et moi je l’aimais tellement, que je le mettais aussi pour mariages, baptêmes, bar-mitsva, avec ma jupe qui tourne, et pis dernièrement pour aller à la campagne, style décontracté, et enfin, style j’ai oublié mon maillot de bain, à la mer. Et bon, j’avais un peu oublié de le sortir de mon sac de sport-pique-nique, et au contact d’un vieux sandwich au camembert, rapport à l’humidité, ils avaient un peu fait des bébés roquefort, mais à l’intérieur du justaucorps, alors je pensais que ça passerait incognito.

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Brèfle. Pour dire, ya des gens pour qui la classe c’est inné, pis y a des gens comme moi- même personnellement pour qui c’est un travail de tous les jours. 

Et là, j’avais un peu de la chance, parce que j’étais à Marseille, où j’étais un peu en vacances de classe. Attation rien à voir avec cette ville de classiositude optimale qu’est Marseille hein, loin de moi l’idée de sous-entendre le contraire. Marseille, son poisson à l’ail, ses nappes avec des olives dessus, et ses boites avec des fausse cigales qui font krr krr quand on les ouvre. Mais enfin à Marseille, j’ai pas tellement d’amis avocat du VIIIème, donc personne pour critiquer ma manucure faite à la sueur de mes dents ou mes bottes vintages cuvée 1953 vieillies en fut de crottes de chiens de trottoirs marseillais (mais il fait beau hein).

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Or les vacances c’est bien joli, mais du coup Sean Dawling, par le truchement de la conséquence, a passé 68% de son temps de ces derniers mois dans l’avion London – Marseille. Pouvais-je laisser ainsi ze love of ma live, and ze future fazer de mes 11 enfants se tuer à la tâche de faire sa valise sans dentifrice (l’attaque terroriste au dentifrice en avion, un phénomène méconnu)  ?  

NON. A Y EST, je suis reviendue à Paris. Comme ça, il va pouvoir passer 72% de son temps dedans l’Eurostar à la place. Et présentement je vous écris en direct depuis mon tout nouveau bureau de moua, qui rutile de classiosité et de souris sans fil toute neuve. A l’étage, un dentiste, en dessous, un Italien qui sert des escalopes milanaises à emporter.  A 100 mètres, une station de métro et la rue de Lévis, avec son odeur de poulet rôti et de baguette fraiche, une brasserie qui sert des huitres à toute heure et une chocolaterie QUI FAIT DES BOULES CREMES.

J’ai pas encore de maison, mais pinaise, c’est bon d’être à la maison hein.

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Bon, où c’est dans quel carton que j’ai rangé mon rouge-noir de Chanel et mes escarpins spéciaux-parfum-crottes-de-chien-du-Parc-Monceau moi?