drenka au Mali: épisode 10 – Abandonnée

Une auberge 8 étoiles pour le Mali, avec trou pas trop moucheux dans le jardin en guise de toilettes, chambres avec seau d’eau intégré, apéritif au saucisson, vin de Saint Tropez, et couscous maison par notre cuisinier (notre cuisinier a emporté 3 recettes: Le couscous au nuoc-mâm bozo, les sandwichs aux sardines en boites, et les sandwichs au corned-beef, donc là il s’est donné beaucoup de mal).

C’était trop pour ma sœur, tout ce luxe, ça lui a killé  l’estomac. Ce matin, elle a la couleur du slip de Vivienn: Vert camouflage. Dilemme cornélien: faire la bonne mère et/ou la bonne sœur, et attendre avec elle qu’on trouve une solution pour la transporter jusqu’à la prochaine étape? Oui, mais, ça sera plus dur de trouver un moyen de transport pour 3 que pour une hein. Allez, salut Ma sœur hein, bonne journée!!

Oui, je sais c’est mal. Mais après, on a culpabilisé quand on ne la voyait jamais passer sur la route, promis ma sœur.

On lui a d’abord promis une moto. Mais la moto, en Afrique, c’est pas un truc qu’on tourne la clé dedans et que ça démarre voyez-vous. Non non non, faut négocier avec la moto. Bonjour, Madame la moto, comment ça va? la famille ça va? les enfants ça va? l’argent ça va? et la santé, ça va la santé? Ah, visiblement la santé c’est pas terrible hein. Très bien Mam’zelle, z’avez le choix entre: attendre de voir si on arrive à tirer quelque chose de la moto (ce qui va pas être tout de suite vu qu’on vient de la noyer 8 fois en négociant) ou partir en char à bœuf climatisé (on l’a réglé à 45°), vitesse de course (2km/h), et intérieur alcantara.

Résultat, après une heure de Char à bœuf, et une heure de moto, ma sœur est finalement arrivée saine et sauve, pour une journée en totale solitude à Guimini, thème: poisson pourri et mouches insistantes. Autant dire que le soir en nous apercevant elle a quasiment roulé une galoche à Ogo de reconnaissance.

De notre côté, nous avons longé la falaise, aperçu une belle dent rocheuse, soufflé (et fait pipi) sous les baobabs, et commencé l’ascension de la faille jusqu’au village où l’on célébrait l’ouverture d’une école. Tous les enfants et femmes dogons courent et nous dépassent alors qu’ils sont souvent pieds nus et toujours chargés de victuailles. Je règle mon pas sur celui d’un vieillard qui est chaussé de vieilles espadrilles mais porte religieusement à la main des chaussures bateau d’un blanc éclatant, qu’il réserve certainement pour la fête. Il examine les cultures d’oignons qui nous accueillent à l’ombre d’arbres géants, presque au sommet, comme pour souhaiter la bienvenue dans ce village du plateau.

drenka au Mali: épisode 9 – Téli

On se réveille, enfin non, plutôt on se réveille pas, vu qu’on a pas dormi de la nuit, après 8 heures de chants, performed par le bétail (c’est mignon les bêlement des agneaux), les ânes (AU SECOURS LE CRI QUE CA FAIT CES BÊTES), puis l’appel à la prière de la mosquée avoisinante (à 4h45, je sais pas qui croit en Dieu à cette heure là, hein).

On part visiter le petit village. Il est blotti à flanc de falaise, et semble abandonné.

On traverse également un autre village (Ende), qui lui est plus animé, Direction Teli.

L’après-midi, après une sieste crapuleuse de par son intensité, (Miss Etudiante a dû égorger une touriste ou deux pour ça, mais on nous a attribué de jolies chambres, fraîches et confortables), et que Ogo ait troqué son costume blanc de Grand Schtroumf pour un costume brun de vieux sage (Mme Sportive l’a vu faire sa lessive en faisant beaucoup mousser l’étoffe; tiens, le costume est étendu et il n’y a pas de slip je vous signale…), nous visitons Téli, un autre joli petit village niché dans la falaise.

drenka au Mali: épisode 8 – Descente à travers la faille

Marre de ce bus. Tout le monde est d’accord pour continuer à pied: pour rejoindre notre prochaine étape, il y a 1 heure de marche et d’escalade en descendant par une faille.

Nous croisons des femmes qui portent le traditionnel panier Dogon, qui est rond au-dessus et carré en dessous. Indiana Jones se fait crier dessus par certaines d’entre elles qui se sont aperçues qu’il les avait prises en photo sans permission. Il les couvre alors de compliments et ça marche: Les voilà qui se tortillent en rougissant!

Puis la pente se fait plus raide. Vivienn est à 4 pattes, prise de vertige… Tous nos hommes se pressent pour l’aider et elle finit l’escalade en tenant les mains rassurantes d’Ogo et de M. Sportif.

Nous arrivons dans un village minuscule, et qui pourtant a une mosquée, reproduction de celle de Djenné, mais en tout petit!

La nuit tombée, Ogo, le visage éclairé à la bougie, prend un air mystique, et nous raconte les légendes Dogons. Les Dogons ont fui à Bandiagara pour échapper à l’islamisation galopante au Mali. Les falaises, à leur arrivée, étaient habitées par le peuple troglodyte des Tellems (« Ceux qu’on a trouvé là », en Dogon), peuple qui avait de très grands pouvoirs magiques. Ce sont eux qui ont creusé les grottes et bâti les niches dans les falaises. Lorsque les Dogons les ont utilisées par la suite pour cacher leurs réserves, et y loger leurs morts, ils ont dû utiliser des systèmes ingénieux de cordes et de poulies. Mais les Tellems, eux, n’avaient qu’à frapper de leur bâton magique une des Jarres ou des briques qu’ils voulaient faire monter, et celle-ci obéissait, suivie de toutes les autres!

On dit que les blancs qui vivent ici ne plaisantent pas avec la magieTellems. Et que même ceux qui sont sceptiques en arrivant, finissent par croire aux pouvoirs surnaturels de ce peuple.

Des survivants des Tellems, nous raconte Ogo, ont encore prouvé ces pouvoirs il y a peu de temps: Des téméraires ont voulu tenter d’ériger une construction sur un territoire interdit et propriété des Tellems. Pour protéger leur chantier, ils ont envoyé des infortunés policiers: les policiers ont dû s’enfuir, poursuivis par les briques, qui roulaient toutes seules loin du territoire sacré.

Ogo nous avoue qu’il n’a jamais été le témoin de la magie Tellem. Mais il y croit dur comme fer, et semble très vexé lorsque certains d’entre nous peinent à y croire!

Nous allons nous coucher, à la belle étoile, sur le toit de l’auberge, la tête pleine de magie, et aussi un peu gênées, car nous venons de nous rendre compte que l’endroit tranquille où nous sommes allées pour faire pipi, était en fait l’endroit où s’assoient les femmes dans la journée pour piler le mil!

drenka au Mali: épisode 7 – Kani Kombolé

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Nous arrivons à Bandiagara et traversons en bus des paysages arides, aux terres rouges, entrecoupés de champs d’oignons très vert qui sentent bon  la terre humide. Les femmes y travaillent, grâcieuses, cambrées, les fesses en l’air comme à leur habitude.

Les enfants ont presque tous le ventre gonflé de malnutrition, et une impressionnante hernie ombilicale.

Puis nous voyons le premier village Dogon, Kani Kombolé, qui est sur le plateau. Un groupe d’enfants nous vole dessus et nous tiens la main pendant que nous visitons le village.

Ogo nous montre la maison des menstrues, qui est réservée aux femmes qui ont leurs règles: elles y passent 5 jours sans sortir! Isolées, certes, mais aussi entre elles, à se reposer.

M. Etudiant manque perdre sa virilité en marchant dans un cercle interdit. Pour sa défense, les Dogons ont écrit en rouge sur une pierre « INTERDIT AUX FEMMES », et du coup, M. Etudiant ne s’est pas senti super concerné. Le pauvre homme maintient qu’il est passé au bon endroit, mais Ogo secoue la tête et fait une moue peu encourageante: il vaudrait mieux faire un ou deux sacrifices pour sauver ses coucounes de la malédiction.

Ogo pose en sage devant un baobab géant, il nous explique l’importance de cet arbre dans le culte Dogon.

Nous avons du mal à échapper à la poigne des enfants. Seul un bébé, harnaché au dos de sa sœur (qui doit avoir 4 ans!) , n’est pas fâché de nous voir partir: il hurle à chaque fois que l’un de nous l’approche.