drenka au pays des kangourous : épisode 9 – Il est interdit de collecter la Terracotta

Pendant la nuit, le nez de ma sœur affiche -12. Oui donc c’est bien ça, dans le désert australien, le jour il fait 30 degrés mais la nuit, ton cucul gèle sur place. Surtout qu’on s’aperçoit au matin que tout le monde a super bien dormi parce que dans leur tente à eux, il y avait un duvet bien chaud de saison qui les attendait, alors que dans notre tente de nous, on pouvait bien se brosser le pyjama en pilou.

A 5h (TRUE STORY), nous partons pour explorer cet Uluru de plus près. Le matin, la lumière est encore différente :

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ATTATION, à Uluru, y faut surtout pas :

  • Escalader le rocher : les Aborigènes, ils aiment pas ça !
  • Prendre des photos de certains sites sacrés, parce qu’il s’y déroule des rituels secrets : les rituels des femmes ne doivent surtout pas être vus par les hommes et vice-versa. Les panneaux annoncent le montant des amendes pour les contrevenants, bin c’est pas des amendes pour de rire (5,000 A$, PAF!).
  • Ramasser des cailloux ou de la terre pour les emporter : Sinon, tes fesses sont immédiatement maraboutées à mort. Parait que des touristes en ont quand même ramassé (c’est-à-dire que par exemple, si t’as oublié ta Terracotta de Guerlain, c’est tentant), et qu’après ils ont dû renvoyer le bouzin par la poste ou reviendre leur rendre en urgence, tellement leur chéri (e) s’était barré (e) avec la secrétaire blond (e) à gros nichons (e), leur chat avait perdu la santé, leur maison avait brûlé, ils avaient l’URSSAF sur le dos et ils rataient tous leurs soufflés au fromage. TOUS.

D’après les légendes, il s’en est passé des trucs de dingue à Uluru. Une guide aborigène nous raconte par exemple ce qui a donné sa forme à la face Sud du monolithe qui a été le siège d’une violente bataille: Un jeune garçon Kuniya (= pythons = serpents qui piquent pas et qui savent où se trouvent les points d’eau = LES ZENTILS) se promenait quand il tomba dans l’embuscade d’un groupe de Lirus (=serpents qui piquent = LES MESSANTS). Ils le tuèrent à coup de lance, et sur Uluru on peut voir les trous qu’ont laissés les pointes des armes. Mais la tante du jeune garçon, furieuse, poursuivit ces enfoirés de Lirus, et en tua un à coups de bâton dans la tête : Il y a une grosse trace noire sur le rocher : C’est le sang qui s’écoule de la tête du Liru.

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En sortant, on visite le centre culturel aborigène, conçu par l’architecte Gregory Burgess qui a une architecture particulière :

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(la photo est pas de moua, faut cliquer)

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Et nous revoilà sur la route de de poussière rouge. Sur le chemin, on s’arrête pour  un petit coucou au Mont Connor (4), je remets la carte pour situer (et pis parce que j’ai passé 73h à la faire alors je pense que je vais la remettre à chaque article pour rentabiliser). Un peu plus loin sur la Lasseter Highway, on a cru voir la mer (allô?), mais en fait, y a plus de mer depuis longtemps, c’était un lac de sel.

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Notre destination: Kings Creek Station (5), qui est aussi spécialisée en élevage de dromadaires, où on passera la nuit. Notre guide trop classe (et chinois ?) nous cuisine un ragoût sur le feu de camp, à base de bœuf, de miel, de ketchup, de sauce soja et de patate douce. J’en ai repris 12 fois, à peu près -> opération transformation en Lara Croft = mal barré mon pauvre Marcel. Les twalettes sont à Perpette, et faut pas allumer la lumière, c’est rapport aux scorpions qui aiment bien la lumière. Super.

Sinon je te retranscris un dialogue entre ma soeur avec Vivienn:

– Vivienn: OH on a un guide chinois!
– Candidon: Mais M’man, il ressemble à Diego Maradona jeune, il boit que du vieux rhum brun en fumant des cigares, il parle couramment espagnol et il s’appelle Miguel.
– Vivienn: Ouais, c’est marrant pour un chinois, hein?

drenka au pays des kangourous: épisode 8 – La Vallée du Serpent Arc-en-Ciel

Ce matin, à 7h, lessive sèche et pliée dans nos sacs de 8×4 mètres, c’est le départ pour un voyage de 5 jours dans le Centre Rouge. Sur la carte, ça donne ça:

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Aujourd’hui, on a donc fait la route d’Alice Springs (1) au Parc National d’Uluru (Ayers Rock) et des Kata Tjuta (Les Olgas) (2 et 3), sur l’autoroute Stuart Highway qui traverse l’Australie du Nord au Sud (et où des touristes anglais disparaissent, on sait pas s’ils s’y sont fait kidnapper par de jeunes Australiennes sesquy mais diaboliques comme dans « Cul de Sac » de Douglas Kennedy.)

Au départ, on était pas trop rassurées, vu qu’à ma sœur qui hissait péniblement son énorme sac dans le car 4×4, le guide a dit: Vous savez qu’il est interdit de transporter des cadavres dans ce car? Le gars avait l’air super sérieux, et du coup, un moment on s’est demandées s’y avait beaucoup de gens qui tentaient habituellement de transporter des cadavres, dans le Centre Rouge. Avant de comprendre que c’était une référence à son ENHAURME valise qui pèse un âne mort. Bureau d’explication des blagues, bonjour?

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Il y a à peu près 5 heures de route, et sur l’autoroute, on s’arrête plusieurs fois pour faire une pause-pipi-café-mars-géant-dromadaires: Parce qu’ici dans les stations-services, ils aiment bien élever des dromadaires tout en mangeant des tourtes à la viande suivies de mars d’environ 500g et 30cm de long, accompagnés d’une pinte de café au lait frappé (ça te requinque un homme). Et pis surtout, les Australiens du groupe font des provisions de bière Victoria Bitter, la bibine locale (dont Dawling dit que c’est comme making love dans un canoë, it’s fucking close to water). Là on s’est un pti peu fait avoir, parce qu’ils nous ont demandé des sous pour acheter à boire: Quand Vivienn leur a tendu 10 dollars, ils ont dit que nan mais en fait, ça serait plutôt 50 dollars par personne (i.e. 150 pour nous!) qu’ils avaient dépensé. OKKKKK. Bon provision de bière pour la semaine alors? Nous qui ne pouvons pas en boire 3 gorgées sans roter pendant 3 jours, ça nous paraissait beaucoup quand même. Mais en fait, c’était juste pour la soirée. Ça m’a rappelé mon pays d’adoption, dis donc.

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Un peu après midi, on est arrivés au campement pour le pique-nique.  Alors c’est quand même un campement de lusque où c’est que les tentes sont déjà là, toutes montées en rang d’oignons, avec 2 lits de camps à l’intérieur. ET, y a du papier toilettes dans les kiottes, ce qui t’évite de traverser tout le camp MIT tout rouleau de PQ dans la main (mon préféré en camping).

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Le camp est à une demi-heure de route des Kata Tjuta (les Olgas), dans la Vallée des vents, où nous allons nous promener l’après-midi. Ça ressemble à ça:

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Les Olgas (d’après le plus haut sommet, ou le Mont Olga – Wanambi-Pidi) sont composées de 36 énormes rochers rouges, et Kata Tjuta, ça veut dire « Beaucoup de têtes ». Et en effet, d’après les légendes aborigènes, y a un monde fou là-dedans.

Dans leur mythologie, il est beaucoup question des Temps du rêve, qui est un peu l’équivalent de notre Création: C’est l’explication de pourquoi la terre aborigène ressemble à ce qu’elle ressemble, mais aussi le rapport des Aborigènes à leur Terre Mère, pourquoi et comment ils doivent en prendre soin. Leur culture est intimement liée à la nature. Et ces sites sacrés sont très impressionnants parce qu’ils dégagent une sorte de spiritualité. I.e., quand j’arrive, c’est les grandes eaux de Versailles. Il parait que ça s’appelle le « Numineux », ce sentiment de fascination, de peur, et d’illégitimité face au sacré, qui me provoque des crises de sanglots incontrôlables, donc c’est courant, mais c’est quand même pas facile en société, voyez?

Pour en revenir aux Temps des Rêves,  il semble que les Kata Tjuta abritent[1] (liste non-exhaustive):

  •  Le serpent arc-en-ciel qui, à la saison des pluies, est enroulé sur le plus haut sommet. Souvent, autour des points d’eau, il y a des serpents. Donc quand on est un aborigène perdu dans le Bush, voir un serpent, c’est une bonne nouvelle: ça veut dire qu’il y a un point d’eau pas loin. Ce serpent-là, c’est le chef de l’eau et de la pluie, c’est pour ça qu’il est arc-en-ciel. Brèfle, ne part pas en courant, Geneviève, il est zentil le serpent. En dehors de la saison des pluies, il descend dans la gorge, qui s’appelle la Vallée des Vents parce qu’il y souffle. Quand il est super pas content, il déclenche un ouragan. Zéro vent quand nous nous promenons dans la Vallée des Vents cet après-midi, donc je pense qu’il est content de nous voir (ouf).

  • A l’est, vivent les femmes souris, et les deux dômes qu’on voit ce sont le repas qu’elles ont préparé (note que chez les aborigènes aussi, ce sont les femmes qui font la tambouille)(surtout les femmes souris). Le rocher tout pointu est Malu, un homme-kangourou qui est mourant parce qu’il a été attaqué par des Dingos. Il se fait doucement bercer par sa sœur, une femme-lézard, sur laquelle il repose.
  • Au Sud-Ouest, c’est le QG des messants hommes-serpents venimeux , qui se préparent pour aller mettre une tôle au zentil serpent d’Uluru.

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Au retour, c’est la classe: on prend l’apéro en regardant le soleil se coucher sur Uluru – en très peu de temps, le rocher géant prend mille couleurs différentes…

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[1] La mythologie aborigène est transmise oralement, et gardée secrète. De plus elle est assez imperméables pour nos esprits d’occidentaux. Ce que je raconte est un mélange de ce dont je me souviens des explications des Aborigènes et de notre guide sur place, et ce que j’ai pu lire sur le sujet de différentes sources. Mais si un Aborigène me lisait, ptet qu’il dirait que Pffff, n’importe quoi !